Eagle-Claw, un échec prévisible ?

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Eagle-Claw, un échec prévisible ?

Messagepar vigi » Dim 27 Mar 2011 20:42

En Janvier 1979 la république monarchique du Shah d'Iran est renversée par un mouvement révolutionnaire islamique, à la tête duquel se trouve l'ayatollah Khomeiny.
Durant le règne du Shah, les USA ont été très proche du pouvoir de Téhéran, les accords et les contrats qu'ils soient d'armements ou civils étaient nombreux, un des plus marquants militairement est sans aucun doute la vente F-14 Tomcat à l'Iran par les USA. Ces derniers sont d'ailleurs toujours en service au sein de l'armée de l'air iranienne.
L'arrivée au pouvoir des ayatollah va changer radicalement les relations de l'occident, USA en tête avec le pouvoir en place.
L'abandon des contrats en négociation, le non respect de ceux déjà en cours et le soutien au régime irakien qui va entrer en guerre contre l'Iran quelques mois plus tard, va provoquer un grave crise avec les USA.

L'apogée de cette crise va se produire le 4 Novembre 1979, lorsque des étudiants vont prendre d'assaut l'ambassade des USA et prendre en otage leurs occupants.
Le gouvernement Carter va tenter de négocier avec l'Iran la libération des otages, mais le régime des ayatollah reste inflexible, ou les USA refusent peut-être d'accepter les demandes de Téhéran.

Dès le 12 Novembre les USA envisage une solution militaire pour libérer les cinquante trois otages américains.
A l'√©poque, les USA disposent bien-sur de forces sp√©ciales, la Delta Force, les Rangers et des unit√©s Sp√©cial Forces, mais les √Čtats-Unis ne disposent pas d'un commandement unifi√© permettant de faire op√©rer de mani√®re conjointe toutes ces unit√©s.
De plus l'opération d'extraction des otages ne peut être fait qu'avec un appui héliporté, mais la distance à parcourir nécessite l'établissement de point de ravitaillement et de support.

D√®s le d√©but l'op√©ration se r√©v√®le complexe tant par les moyens √† mettre en Ňďuvre que par la coordination qu'elle implique.
Une Task force interarmées est créé pour coordonner les moyens de l'USAF, de la Navy et de l'Army.
Cette Task-Force 179 est commandé par le général James Vaught.

Le 16 Avril 1980 le général Vaught propose son plan à l'administration Carter.
Il s'articule autour d'une opération héliporté avec huit RH-53D appuyés par des C-130 et des C-141, ainsi que par des agents de la CIA infiltrés en Iran qui doivent effectuer des repérages et préparer les zones de ralliement nommées Desert One et Desert Two.
Les RH-53D seront déployés depuis le porte-avions Nimitz qui croise au large du détroit d'Ormuz, ces derniers doivent rallier un point situé en plein désert à 300 km de Téhéran et désigné Desert One.
Dans le même temps, trois EC-130E Commando Solo et trois MC-130E Combat Talon décolleront de l'ile de Mazirah située au large du sultanat d'Oman.
Les trois premiers transportent le carburant pour ravitailler les huit RH-53D sur la base de Desert One, les MC-130 transporteront quant à eux les forces d'assaut, composé de quatre-vingt-treize Delta-Force, de treize Spécial Force, quatorze techniciens et spécialistes et douze hommes d'une unités de protection.

L'opération doit se dérouler sur deux nuits.
La première nuit, les RH-53D et les Hercules rallient Desert One.
Les EC-130 et MC-130 doivent être les premiers sur les lieux pour établir le point de ravitaillement des CH-53.
L'unité de protection doit établir un périmètre autour de Desert One pour assurer la protection de la zone.
Une fois ravitaillé, les RH-53D embarquent la Delta-Force et les Special Force.
A l'issue de cette première phase, les trois EC-130 et les trois MC-130 ainsi que les douze hommes de la force de protection quittent Desert One et regagnent l'ile de Mazirah.

Les huit RH-53D quitteront ensuite Desert One pour rallier Desert Two qui se situe à une soixantaine de kilomètres de Téhéran.
Les hélicoptères attendront sur ce site jusqu'à la nuit suivante.
Les forces spéciales sont prisent en charge à bord de camions par des agents de la CIA infiltré en Iran qui les amèneront à quinze kilomètres de l'ambassade américaine.

L'extraction doit avoir lieu la nuit suivante.
Une fois les otages lib√©r√©s, ils doivent √™tre conduit sur le stade de football situ√© en face de l'ambassade, les RH-53D qui auront d√©coll√© de Desert Two effectueront alors les rotations vers la base d√©saffect√© de Manzariyeh o√Ļ un groupe de cent Rangers aura √©t√© parachut√©s pour en assurer la protection.
Les Rangers seront déployés par les trois EC-130E Commando Solo et les trois MC-130E Combat Talon, qui effectueront de nouveau le trajet depuis l'ile de Mazirah.
Une fois tous les otages et les forces spéciales rassemblés sur cette base, deux C-141 Starlifter doivent se poser pour terminer l'extraction.
Les RH-53D seront détruits et abandonnés sur place, le plan prévoit également l'emploi d'AC-130 Spectre pour prévenir un éventuel déploiement d'unité de l'armée iranienne lors de l'extraction à l'ambassade et au abords de la base de Manzariyeh.
Un MC-130 doit récupérer le groupe de Rangers une fois que les C-141 auront quitter la base de Manzariyeh.

Cette opération est approuvée immédiatement par le gouvernement Carter qui autorise son exécution.

Un mois avant le d√©clenchement de l'op√©ration, un Twin-Otter de la CIA se pose sur le site de Desert One, o√Ļ des agents reconnaissent et am√©nagent le site, ils effectuent entre-autre un marquage du terrain √† l'aide de spots infrarouge pour d√©finir la zone d'atterrissage.

Image
Sources images

Le 24 Avril l'opération Eagle Claw est lancée.

La première phase se déroule sans problème, les six Hercules se posent à Desert One, le déploiement des forces spéciales et de l'unité de protection se déroulent comme prévu, même si un bus de civils iraniens doit être intercepté aux abords de Desert One.
Pendant ce temps, les huit RH-53D ont décollé du pont du CVN-68 Nimitz.
Ils doivent effectuer un vol à basse altitude de six heures, mais peu après le début du vol un des RH-53D est obligé de quitter le groupe, pour retourner sur l'USS Nimitz suite à une panne de son système de navigation.
Alors que les sept Super-Stallion survolent le désert iranien, l'un deux a une avarie de rotor et doit se poser en urgence.
L'équipage est récupéré après avoir détruit son appareil par un des six RH-53D, avec la perte de ce second hélicoptère, la force d'extraction se retrouve avec le minimum d'appareils nécessaire, alors que l'opération ne fait que débuter.
De plus le groupe d'hélicoptère est désormais séparé en deux, quatre poursuivent leur route tandis que deux RH-53D (celui qui récupèrent l'équipage plus un autre en soutien) se retrouvent en retrait à vingt minutes.
Les six RH-53D rallient Desert One avec plus d'une heure de retard en raison d'une tempête de sable rencontré durant le vol.
Le ravitaillement auprès des EC-130 et l'embarquement des forces spéciales se déroulent correctement à Desert One.
Mais au moment de la remise en route, un des RH-53D tombe en panne d'hydraulique. L'équipe de soutien technique ne dispose pas de la pompe hydraulique pour remettre en état l'appareil, l'hélicoptère ne peut donc pas repartir.

L'opération doit être annulée car, avec cinq RH-53D l'opération d'extraction ne peut plus être effectué sans mettre en péril la vie des otages, le nombre de rotations que devrait effectuer les RH-53D seraient alors trop nombreuses et, ne pourrait pas être effectué sans risquer une réaction massive des forces militaires iraniennes.
Le colonel Beckwith qui conduit les opérations ordonne alors le repli.
Lorsque le premier RH-53D décollent, il est aveuglé par le nuage de sable dégagé par le souffle des rotors, alors que l'opération est déjà un échec, elle va tourner à partir de cet instant au fiasco.
Le RH-53D ne voit pas un des EC-130E Commando Solo qui est stationné non loin de lui et le percute, le Hercules et le CH-53 s'enflamme immédiatement. Les trois membres d'équipage de l'hélicoptère sont tués ainsi que cinq membres de l'EC-130.
Ce dernier transportait également des munitions qui explosent sous l'effet de l'incendie, ces explosions endommagent gravement trois des quatre RH-53D rescapés.
Les hélicoptères sont alors abandonnés dans la précipitation, seul deux des quatre hélicoptères sont détruits et les forces spéciales oublient des documents concernant l'opération dans un des RH-53D, certains de ces documents donnent les noms des agents de la CIA infiltrés en Iran, ces derniers seront d'ailleurs capturé par les forces de sécurités iranienne après la récupération des documents .

Le bilan de l'opération est catastrophique, cinq RH-53D détruits ou abandonnés, un EC-130 détruit, huit morts et surtout une crise politique majeure entre l'Iran et les USA.
Ce fiasco va également être fatal à Jimmy Carter qui va se faire balayé par Ronald Reagan aux élections présidentielle.

Sur le plan militaire, le manque de coh√©sion, le nombre insuffisant d'h√©licopt√®res engag√©s (il aurait fallu mettre en Ňďuvre au moins dix RH-53D pour assurer la r√©ussite de l'op√©ration) ainsi que des dysfonctionnements dans la chaine de commandement ont amen√©s les USA √† repenser l'organisation de leurs forces sp√©ciales.

Trois actions vont être menés à l'issue de cet échec:

- La création de la 160th Special Operations Aviation Regiment qui est directement issue de la structure interarmées développé pour Eagle Claw.
- La création de la S.E.A.L. Six par l'US Navy, cette unité permet à l'US Navy de disposer d'une composante capable de mener des opérations spéciales et d'extractions.
- La modification d'hélicoptères RH-53D en MH-53J Pave-Low III spécialement équipés pour les opérations de ce type.
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Re: Eagle-Claw, un échec prévisible ?

Messagepar MASH » Lun 28 Mar 2011 11:27

Les anglo-saxons appellent ça le SNAFU
Situation Normal All Fuck Up ou loi de Murphy entre autre...

donc quand on planifie un truc, à chaque fois qu'une c-uille est possible il faut prévoir qu'elle va arriver (au moins il y a moins de surprise...) :sos:
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