Eugene Esmonde, RNAS

Ces hommes et ces femmes qui ont fait l'Histoire de l'aéronautique qu'elle soit navale ou non

Eugene Esmonde, RNAS

Messagepar vigi » Lun 3 Sep 2012 11:22

Fiche militaire :

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1 Mars 1909 - 12 FĂ©vrier 1942

Service actif : 1939 - 12 FĂ©vrier 1942 (RNAS)
Guerre : Seconde Guerre Mondiale
Missions de combat :
Victoires homologuées : KMS Bismarck (en collaboration)
Appartenance : Squadron 852
Avions : Farey Swordfish
Grade le plus élevé : Lieutenant Commander
MĂ©dailles :
-Victoria Cross (posthume)
-Distinguished Service Order



Il est 4h00 du matin ce Jeudi 12 Février 1942, lorsque les hommes du 825 Squadron terminent les préparatifs de leurs Farey Swordfish sous un temps digne des pires hivers anglais, il neige, le plafond est bas et le vent souffle en rafales.

Depuis hier matin, c’est la panique au sein du commandement de l’armée anglaise et plus particulièrement auprès de son aviation.
En effet, le 11 Février vers 10h00 du matin, un groupe de Spitfire a découvert totalement par hasard l’escadre allemande composé du Scharnhorst, du Gneisenau et du Prinz-Eugen flanqué de six destroyers en train de remonter la Manche à toute vapeur en direction du Wilhelmshaven.
L’Amirauté anglaise avait bien eu vent de cette opération osée, décidé par Hitler « himself » et qui consistait à vouloir faire passer les trois bâtiments de ligne de la Kriegmarine par le détroit de Douvres, au nez et à la barbe de la Home-Fleet et de la RAF.
Pendant deux semaines l’alerte avait été maintenue sur toute la côte anglaise pour intercepter cette escadre, mais depuis deux jours, l’Amirauté avait donné l’ordre de désarmer les appareils et de restituer les effectifs pour les opérations courantes.
Une information comme quoi ces trois croiseurs seraient partis vers l’Atlantique Sud ou la Méditerranée avait été prise comme valable.

Ce matin du 12 Février, c’est donc bien de la panique mêlée à de la colère au sein de l’Amirauté qui sent bien qu’elle s’est fait bernée, particulièrement pour le First Sea Lord, l’Amiral Pound qui voit comme un déshonneur le passage de la Kriegmarine « devant son nez ».
Pound veut que tout soit tenté pour intercepter les allemands, y compris l’impossible.
C’est ainsi qu’il ordonne le décollage immédiat d’un groupe de Farey Sworfish avec pour mission de torpiller les trois bâtiments de la Kriegmarine.
Le Vice-Amiral Ramsay à beau plaider qu’envoyer ces vieux biplans torpilleurs est un vrai suicide…
Rien n’y fait, Pound est hors de lui et ne veut rien entendre.

Il est 12h00 lorsque le Lieutenant-Commander Eugene Esmonde et dix-sept membres de son squadron reçoivent la confirmation que l’escadre allemande approche du Pas-de-Calais.

A 12h15, ils sont Ă  bord de leurs six Swordfish, ils attendent les Spitfires du squadron 72 qui doivent assurer leur protection.
Esmonde se dit que cette opération n’a aucun sens, la météo est exécrable, il continue de neiger et le plafond est à peine à 100 mètres d’altitude !
De plus, il comprend mal comment ses appareils vont pouvoir stopper les trois bâtiments allemands, mais bon, l’Amirauté a donné un ordre, et puis peut-être que c’est une opération conjointe avec des bombardiers, même si Esmonde ni croit guère.

12h25, la mort dans l’âme, Esmonde vient de donner l’ordre à ses six Swordfish de décoller… sans escorte, les Spifires ne sont pas là.
Le vent redouble de violence et la neige continue de tomber de plus belle, la visibilité n’est que de quelques centaines de mètres.
Cela fait dix minutes que les biplans torpilleurs sont en vol quand enfin les dix Spitfires les rejoignent.
Esmonde pousse un « ouf » de soulagement, il n’aura plus qu’à gérer l’attaque contre les navires, sans se soucier de la Luftwaffe.

12h35, les six Swordfish descendent à 15 mètres d’altitudes et foncent maintenant vers l’escadre allemande.
Esmonde sépare son groupe en deux flight de trois appareils, charge à chaque groupe d’atteindre son navire de ligne, pour Esmonde, ce sera le Scharnhorst et le Gneisenau pour ses ailiers.

Il est 12h40, la neige s’est transformé en une pluie battante, le plafond nuageux est toujours aussi bas, et au-dessus, les dix Spitfire du squadron 72 luttent pour survivre face à deux groupes de chasse complet de la Luftwaffe, les Me-109 du II/JG-2 et les Fw-190 du III/JG-26…
La protection des Swordfish n’est désormais plus qu’un vœu pieu.

En effet, afin de protéger l’escadre, Adolf Galland, alors général de la chasse allemande, a envoyé tout ce que la Luftwaffe compte comme chasseur à l’Ouest de Berlin, même les groupes de chasse de nuit sont de la partie.

12h45, les six Farey Swordfish sont en formation par trois et foncent aussi vite que leur permettent leurs Bristol Pegasus de 690 ch, soit un peu plus de 150km/h !
Esmonde vient de dépasser le premier rideau défensif constitué par les vedettes rapides allemandes qui émettent un rideau de fumée pour masquer un peu plus l’escadre.
Ce qu’Esmonde découvre ensuite lui glace le sang.
Un déluge de feu !
La DCA des deux destroyers et du Scharnhorst l’encadre, lui et ses ailiers, avec le plafond d’à peine 100 mètres d’altitude, les servants peuvent encore mieux concentrer leurs tirs.
Comme si ce n’était pas suffisant, et peut-être qu’Esmonde l’ignore, les servants de DCA à bord du croiseur sont des hommes des régiments de DCA la Luftwaffe, en effet, des affuts supplémentaires de 4x20 mm ont été mis en place à bord des trois bâtiments de lignes allemands, afin de renforcer leur défense.
Et Goering a proposé des servants de la Luftwaffe pour renforcer les équipages.
Non content de devoir faire face à une DCA renforcée, les six Farey Swordfish se trouvent en plus confrontés à des servants rompus à ce genre d’exercice, bien plus que leurs camarades de la Kriegmarine qui ne manient le canon anti-aérien qu’en exercice et aux postes de combats…
Pour finir, chaque croiseur allemand dispose d’un officier coordinateur de la Luftwaffe à son bord, ce dernier est en liaison directe avec les groupes de chasse et coordonne également le tir de la DCA du bâtiment et de son escorte.

Cela fait quelques secondes qu’Esmonde se rapproche, il a repéré un espace entre les deux destroyers qui devrait lui permettre de caler le largage de sa torpille…
Le déluge de feu est au-delà de l’imaginable, le premier ailier d’Esmonde s’écrase en mer, littéralement découpé par la Flak.
Le second réussi à larguer sa torpille en direction Gneisenau, mais il se fait abattre quelques secondes après.
Le Swordfish d’Esmonde n’est pas au mieux, sa voilure est déchiqueté, mais il vole encore.
Il réussit miraculeusement à se faufiler entre les deux destroyers.
Le Scharnhorst est lĂ , Ă  un peu plus de deux nautiques.
Le croiseur file à plus de vingt-sept nœuds.
Il est maintenant temps pour Esmonde.
Il largue la torpille en espérant que Saint Georges et Saint Patrick seront là pour l’aider à amener son « poisson » au but.
Il faut maintenant tenter de rentrer.
Esmonde n’a sans doute pas le temps de s’apercevoir que la Flak s’est tue dans son sillage.
Des obus de 20 et de 13 mm déchiquètent son Sworfish, touché mortellement, le biplan s’embrase et s’écrase dans les eaux sombres de la Manche.
Le Fw-190 du III/JG-26 passe en trombe au-dessus de la carcasse disloquée du biplan et remonte au-dessus de la couche nuageuse.

Il est 12h49 quand le dernier Swordfish s’abat en mer.
L’attaque n’aura duré que quatre minutes.

Sur les dix-huit hommes du Squadron 825, treize ont perdus la vie, dont le Squadron Leader Eugene Esmonde, et un seul survivant n’est pas blessé.
Saint Georges et Saint Patrick n’étaient pas là non plus, la torpille d’Esmonde, comme celle de son ailier n’ont pas touchées leurs cibles.
Dans sa grande sagesse, la mer rendra aux siens le corps d’Eugène Esmonde sept semaines plus tard, sur les rives de l’estuaire de la rivière Thames, situé dans le conté de l’Essex.

Cette boucherie inutile, ordonné par l’amiral Pound, n’aura servi à rien, l’escadre allemande arrivera quasiment indemne à Wilhelshaven, seul le Scharnhorst et le Gneisenau seront endommagé par des mines magnétiques.
Pire, ces attaques suicidaires viennent renforcer la propagande allemande qui ne manque pas de se gargariser d’avoir réduit au silence l’aviation anglaise… En omettant bien-sur le fait que les victimes étaient des biplans d’un autre âge.
Seul l’Amiral Ciliax qui commandait l’escadre allemande osa rendre hommage à cette action, que tous savaient voué à l’échec.

Le lieutenant-Commander Eugene Esmonde, reçu pour ce fait d’arme la Victoria Cross à titre posthume, et Winston Churchill en bon irlandais, lui rendit un dernier hommage dans son discours du 13 Mai 1945 en le citant parmi d’autres pour son sacrifice et son sens du devoir.

Victoria Cross citation:
On the morning of Thursday, 12th February, 1942, Lieutenant-Commander Esmonde, in command of a Squadron of the Fleet Air Arm, was told that the German Battle-Cruisers 'Scharnhorst' and 'Gneisenau' and the Cruiser 'Prinz Eugen', strongly escorted by some thirty surface craft, were entering the Straits of Dover, and that his Squadron must attack before they reached the sand-banks North East of Calais. Lieutenant-Commander Esmonde knew well that his enterprise was desperate.

Soon after noon he and his squadron of six Swordfish set course for the Enemy, and after ten minutes flight were attacked by a strong force of Enemy fighters. Touch was lost with his fighter escort and in the action which followed all his aircraft were damaged. He flew on, cool and resolute, serenely challenging hopeless odds, to encounter the deadly fire of the Battle-Cruisers and their Escort, which shattered the port wing of his aircraft.

Undismayed, he led his Squadron on, straight through this inferno of fire, in steady flight towards their target. Almost at once he was shot down: but his Squadron went on to launch a gallant attack, in which at least one torpedo is believed to have struck the German Battle-Cruisers, and from which not one of the six aircraft returned.

His high courage and splendid resolution will live in the traditions of the Royal Navy, and remain for many generations a fine and stirring memory.
----When you're out of F-8's you're out of fighters----
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